Charge allostatique et douleurs musculosquelettiques
La charge allostatique désigne l’accumulation des effets physiologiques liés à l’exposition répétée ou prolongée au stress chronique. Ce concept, issu du modèle de l’allostasie développé par McEwen, décrit le coût biologique de l’adaptation de l’organisme aux contraintes environnementales, psychosociales et physiologiques. Une charge allostatique élevée résulte d’une activation chronique des systèmes neuroendocriniens, immunitaires et cardiovasculaires, pouvant conduire à une dysrégulation physiologique durable.
La littérature récente suggère l’existence d’une association significative entre charge allostatique élevée et troubles musculosquelettiques, notamment les douleurs chroniques et l’arthrose. Les mécanismes impliqués reposent principalement sur la dysrégulation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS), l’hyperactivité du système nerveux sympathique et l’augmentation des processus inflammatoires systémiques. Ces altérations favoriseraient la sensibilisation centrale, l’amplification de la perception douloureuse ainsi qu’une diminution des capacités de récupération tissulaire.
Charge alostatique et douleur chronique
Rabey et Moloney soulignent que la charge allostatique constitue un modèle explicatif pertinent dans la compréhension de la chronicisation (durée des douleurs > 3mois) des douleurs musculosquelettiques. Les auteurs montrent que les facteurs de stress psychologiques et physiologiques peuvent influencer les mécanismes neuro-endocrino-immunitaires impliqués dans la douleur persistante. Selon eux, l’intégration du concept de charge allostatique dans le raisonnement clinique permettrait une approche plus globale des douleurs chroniques musculosquelettiques (Rabey & Moloney, 2022).
Charge allostatique et arthrose
Par ailleurs, Mickle et al. (2023) ont mis en évidence une relation entre une charge allostatique élevée et une aggravation des symptômes chez des patients présentant une arthrose du genou. Leur étude montre que des niveaux élevés de biomarqueurs de charge allostatique sont associés à une plus grande sévérité de la douleur, une diminution des capacités fonctionnelles et des modifications cérébrales impliquées dans le traitement de la douleur chronique (Mickle et al., 2023).
Des données longitudinales issues de l’étude MIDUS indiquent également qu’une charge allostatique élevée pourrait constituer un facteur prédictif de l’apparition ou de l’aggravation de douleurs chroniques plusieurs années plus tard. Liang et Booker (2023) montrent que les individus présentant un indice élevé de charge allostatique développent davantage d’interférences fonctionnelles liées à la douleur chronique, suggérant un rôle prospectif du stress physiologique dans les pathologies douloureuses (Liang & Booker, 2023).
Charge allostatique et modèle biopsychosocial
Ainsi, les recherches actuelles soutiennent l’hypothèse selon laquelle la charge allostatique joue un rôle important dans la physiopathologie des maladies musculosquelettiques chroniques. Cette approche met en évidence l’importance d’un modèle biopsychosocial intégrant les dimensions biologiques, psychologiques et sociales dans la compréhension et la prise en charge des douleurs musculosquelettiques.
En effet, dans les maladies musculosquelettiques chroniques, modèle biopsychosocial a permis de dépasser une vision strictement biomécanique de la douleur. Il considère que les symptômes ne dépendent pas uniquement des lésions anatomiques, mais aussi de facteurs émotionnels, cognitifs et environnementaux.
Cependant, ce modèle reste parfois descriptif : il identifie les facteurs impliqués sans toujours expliquer précisément comment ils interagissent biologiquement.
Or le modèle de la charge allostatique apporte précisément les mécanismes physiologiques expliquant comment le stress chronique peut conduire à une dysrégulation durable de l’organisme et à la chronicisation des symptômes.
Ainsi, alors que le modèle biopsychosocial identifie les facteurs de vulnérabilité, la charge allostatique explique comment ces facteurs deviennent biologiquement pathogènes.

