Ostéopathie et reflux gastrique : une approche complémentaire pour soulager le reflux
Brûlures d’estomac, remontées acides, sensation de brûlure derrière le sternum, toux chronique inexpliquée… Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est l’un des troubles digestifs les plus fréquents. S’il existe des traitements médicamenteux efficaces (inhibiteurs de la pompe à protons ( tels que l’oméoprazol, anti-acides : gaviscon ou maalox), de plus en plus de patients et de praticiens s’intéressent à des approches complémentaires, comme l’ostéopathie, pour agir sur les causes mécaniques et fonctionnelles du reflux plutôt que sur ses seuls symptômes.
Dans cet article, nous expliquons comment l’ostéopathie appréhende le reflux gastrique, quelles techniques sont utilisées, et ce que dit la littérature scientifique à ce sujet.
Qu’est-ce que le reflux gastro-œsophagien (RGO) ?
Le RGO survient lorsque le contenu acide de l’estomac remonte anormalement dans l’œsophage, provoquant une irritation de sa muqueuse. Il se manifeste par des brûlures localisée ne bas du sternum, des régurgitations, parfois une toux chronique, un enrouement ou une sensation de boule dans la gorge. Ce phénomène est en grande partie lié au bon fonctionnement du sphincter œsophagien inférieur (le « clapet » situé entre l’œsophage et l’estomac) et du diaphragme, qui joue un rôle mécanique majeur dans le maintien de cette barrière anti-reflux.
Pourquoi l’ostéopathie s’intéresse-t-elle au reflux gastrique ?
L’ostéopathie part du principe que la mobilité des différentes structures du corps (organes, diaphragme, colonne vertébrale, côtes) influence leur bon fonctionnement. Concernant le RGO, plusieurs facteurs mécaniques peuvent favoriser ou entretenir les remontées acides :
- Une tension ou une restriction de mobilité du diaphragme, qui perturbe le rôle de « pince » qu’il exerce normalement autour de l’œsophage au niveau du hiatus œsophagien.
- Des tensions au niveau de la charnière dorso-lombaire, des côtes basses ou du rachis cervical, pouvant influencer le tonus du système nerveux autonome (sympathique/parasympathique et nerf vague) qui régule la motricité digestive et le tonus du sphincter œsophagien.
- Une hypertonie de la région abdominale et du diaphragme, augmentant la pression intra-abdominale et favorisant les remontées.
- Un déséquilibre postural (par exemple une cyphose thoracique accentuée) qui modifie l’espace disponible pour l’estomac et l’œsophage.
L’ostéopathe ne remplace pas le suivi médical, mais propose un travail manuel visant à redonner de la mobilité à ces structures pour soutenir les mécanismes naturels anti-reflux de l’organisme.
Quelles techniques utilise l’ostéopathe pour le RGO ?
Lors d’une séance ciblant les troubles digestifs de type RGO, un ostéopathe peut associer plusieurs approches :
- Le travail viscéral sur l’estomac, l’œsophage et le cardia (jonction œsogastrique), pour redonner de la mobilité aux tissus environnants.
- Le relâchement myofascial du diaphragme et de la paroi abdominale, essentiel puisque le diaphragme agit comme un véritable sphincter accessoire anti-reflux.
- La mobilisation des côtes, du rachis dorsal et cervical, souvent associée aux techniques structurelles, afin de lever les tensions pouvant impacter la fonction diaphragmatique et l’innervation digestive.
- Des exercices respiratoires appris au patient pour renforcer le travail effectué en séance et améliorer la tonicité du diaphragme au quotidien.
Que dit la science sur l’ostéopathie et le reflux gastrique ?
Contrairement à une idée reçue, l’ostéopathie appliquée au reflux gastrique a fait l’objet de plusieurs travaux scientifiques, encore modestes en nombre mais encourageants :
Un essai contrôlé randomisé pragmatique publié en 2022 dans le Journal of Bodywork and Movement Therapies a évalué l’ajout d’un traitement ostéopathique à la prise en charge standard chez des patients souffrant de RGO, comparant le traitement ostéopathique combiné aux soins standards par rapport aux soins standards seuls.
Une étude interventionnelle norvégienne, menée en centre unique, a mesuré l’effet de plusieurs séances de thérapie manuelle ostéopathique chez des patients atteints de RGO. Les résultats ont montré une réduction significative de la prévalence et du nombre total de symptômes de RGO, avec un effet jugé « modéré » à « bon » chez 77,3 % des patients, et 78,9 % des patients présentant une cyphose thoracique accentuée</cite>. Aucune différence significative n’a été observée entre les patients prenant ou non un traitement médicamenteux en complément.
Un rapport de cas publié dans le cadre d’un protocole ostéopathique ciblant spécifiquement le diaphragme et l’œsophage a suivi un patient souffrant de RGO depuis 4 ans, avec une évaluation par une échelle de qualité de vie spécifique au RGO. Le protocole a été appliqué sur 3 séances réparties sur plusieurs semaines, et les auteurs concluent que ce type de prise en charge peut améliorer les symptômes et mérite d’être intégré à l’approche somato-viscérale du RGO.
Plus récemment, un rapport de cas (2024) a documenté l’utilisation de l’ostéopathie chez un patient souffrant à la fois d’un syndrome de l’intestin irritable et d’un RGO sévère résistant aux traitements médicamenteux classiques, soulignant que l’ostéopathie offre une approche personnalisée agissant sur l’activité neuromusculaire et viscérosomatique, avec une réduction de la charge symptomatique et peu d’effets secondaires. Les auteurs de ce travail avancent que l’action de l’ostéopathie passerait notamment par un rééquilibrage du système nerveux autonome et une amélioration de la mobilité diaphragmatique et de la circulation lympho-vasculaire locale.
Enfin, un essai clinique est actuellement en cours pour évaluer plus rigoureusement l’effet de l’ostéopathie sur le RGO, combinant mobilisations articulaires des côtes, du rachis cervical et dorsal, ainsi qu’un travail viscéral et myofascial sur le diaphragme et la paroi abdominale, associés à des exercices respiratoires quotidiens.
Ce qu’il faut retenir : les données disponibles restent limitées en nombre et en puissance statistique (petits échantillons, peu d’essais contrôlés randomisés de grande ampleur), mais elles convergent globalement vers un effet positif de l’ostéopathie sur les symptômes du RGO, en particulier lorsqu’elle cible le diaphragme et la région thoraco-abdominale. Des recherches complémentaires de plus grande envergure restent nécessaires pour confirmer ces résultats.
L’ostéopathie peut-elle remplacer un traitement médical du reflux gastrique oesophagien?
Non. L’ostéopathie doit être envisagée comme une approche complémentaire, et non comme un substitut au suivi médical. Un RGO persistant, associé à des signes d’alarme (perte de poids, difficultés à avaler, saignements digestifs, anémie) doit toujours être évalué par un médecin ou un gastro-entérologue, notamment pour écarter d’autres pathologies (œsophagite, hernie hiatale volumineuse, endobrachyœsophage, etc.).
En revanche, pour les patients dont le RGO est fonctionnel, lié au stress, à des tensions posturales ou diaphragmatiques, ou pour ceux qui souhaitent réduire leur dépendance aux traitements médicamenteux au long cours (dont les IPP, dont l’usage prolongé n’est pas anodin), l’ostéopathie peut constituer un outil intéressant, en complément du suivi médical et des règles hygiéno-diététiques (alimentation, position de sommeil, gestion du stress).
À qui s’adresse une consultation ostéopathique pour un reflux gastrique ?
Une consultation peut être particulièrement pertinente pour :
- Les personnes souffrant de RGO chronique malgré un traitement médicamenteux bien suivi.
- Les personnes présentant des tensions posturales associées (dos voûté, tensions cervicales, respiration superficielle).
- Les patients souhaitant une approche non médicamenteuse en complément de leur traitement.
- Les personnes ayant subi une intervention chirurgicale abdominale ou thoracique, susceptible d’avoir créé des adhérences ou des restrictions de mobilité viscérale.
En résumé
Le reflux gastro-œsophagien n’est pas uniquement une question d’acidité : la mobilité du diaphragme, l’équilibre postural et le tonus du système nerveux autonome jouent un rôle important dans son apparition et son entretien. L’ostéopathie, en travaillant sur ces différents leviers mécaniques et fonctionnels, peut apporter un soulagement réel à de nombreux patients, comme le suggèrent plusieurs études cliniques récentes. Elle s’inscrit toutefois en complément, et non en remplacement, d’un suivi médical adapté.
N’hésitez pas à consulter un ostéopathe pour évaluer si cette approche est adaptée à votre situation, en complément de l’avis de votre médecin traitant.
Références bibliographiques
- Lynen A, Schömitz M, Vahle M, Jäkel A, Rütz M, Schwerla F. Osteopathic treatment in addition to standard care in patients with gastroesophageal reflux disease (GERD) – A pragmatic randomized controlled trial. Journal of Bodywork and Movement Therapies. 2022;29:223-231.
- Bjørnæs KE, Larsen S, Fosse E, Myklebust Ø, Skauvik T, Reiertsen O. The effect of osteopathic manipulation therapy (OMT) in patients suffering from gastroesophageal reflux disease (GERD). 2017.
- Bjørnæs KE, Elvbakken G, Dalhøi B, Garberg TH, Kaufmann J, Glomsrød E, Reiertsen O, Larsen S. Osteopathic manual therapy (OMT) in treatment of gastroesophageal reflux disease (GERD). Clinical Practice. 2019;16(3):1109-1115.
- Qualitative evaluation of osteopathic manipulative therapy in a patient with gastroesophageal reflux disease: a brief report. PubMed PMID: 24567271.
- Using Osteopathic Manipulative Therapy to Treat Irritable Bowel Syndrome and Severe Refractory Gastroesophageal Reflux Disease: A Case Report. PMC11735238, 2024. PubMed PMID: 39822421.
- Osteopathic Manipulative Treatment for Gastro-oesophageal Reflux Disease (essai clinique en cours). Registre des essais cliniques.
